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Article 10 · Engagement

Au-delà de l’entreprise : pour une société plus inclusive

Un engagement pour la connaissance de l’autisme et l’inclusion – car une société se juge à la place qu’elle fait à chacun.

Ahmad Athamneh6 min de lecture

Lorsqu’on écrit sur les entrepreneurs, la tentation est grande de traiter leurs engagements sociaux comme un post-scriptum – une note élégante en marge d’une histoire dont la vraie substance serait le commerce. C’est passer à côté de l’essentiel. Les valeurs qui conduisent une personne à fonder une association au service des enfants autistes et de leurs familles ne sont pas étrangères à celles qui devraient guider une entreprise. Ce sont, dans le meilleur des cas, les mêmes valeurs exprimées dans un autre cadre : le soin apporté à la construction des institutions, le respect des personnes qu’elles servent et la conviction que la réussite se mesure aussi à ceux que l’on inclut.

En 2024, Ahmad Athamneh a fondé la Mia Autism Association, une association enregistrée en Jordanie qui accompagne les enfants autistes et leurs familles. Ce texte s’interroge sur l’importance d’un tel engagement, et sur ce qu’exigerait une société plus inclusive.

Comprendre l’autisme

L’autisme est une condition neurodéveloppementale qui accompagne la personne tout au long de sa vie et influe sur sa manière de communiquer, d’interagir avec les autres et de percevoir le monde qui l’entoure. On parle de spectre parce qu’il se manifeste de façons très différentes d’une personne à l’autre. Certaines personnes autistes s’expriment avec aisance ; d’autres communiquent autrement. Certaines ont besoin d’un accompagnement quotidien important ; d’autres vivent de manière largement autonome. Beaucoup présentent des particularités sensorielles – une sensibilité accrue ou réduite aux sons, à la lumière, au toucher ou à d’autres stimulations.

L’autisme est une différence de développement, non une maladie, et il ne résulte de rien de ce qu’aurait fait la famille. Les personnes autistes ont des forces singulières autant que des difficultés, et beaucoup décrivent leur autisme comme une part intégrante de ce qu’elles sont. Ce qu’elles demandent, constamment, c’est de la compréhension, un accompagnement adapté et le même respect et les mêmes chances que tous.

Ce que vivent les familles

Pour beaucoup de familles, le chemin commence dans l’incertitude. Les parents remarquent que leur enfant se développe différemment, et le parcours jusqu’à la compréhension et à l’évaluation peut être long et déroutant. Une fois l’autisme identifié, les familles font face à des questions d’accompagnement, de scolarité et d’avenir – souvent tout en assumant les exigences ordinaires du travail et de la vie familiale.

Les familles d’enfants autistes décrivent souvent un sentiment d’isolement. Les lieux publics peuvent sembler peu accueillants. L’entourage et le voisinage peuvent ne pas comprendre. L’école peut ne pas être préparée à accompagner l’enfant. La charge émotionnelle et financière peut être lourde.

Ce dont les familles ont le plus besoin, bien souvent, c’est d’une information fiable, de conseils pour s’orienter parmi les services, de contacts avec d’autres familles qui partagent leur expérience et d’un entourage qui réponde par la compréhension plutôt que par le jugement.

L’inclusion à l’école

L’école est l’un des terrains les plus importants de l’inclusion. Chaque enfant a le droit d’apprendre, et les enfants autistes peuvent s’épanouir dans des environnements d’apprentissage adaptés à leurs besoins.

L’école inclusive ne consiste pas à placer un enfant autiste dans une classe ordinaire sans soutien. Elle suppose de donner aux enseignants des connaissances et des moyens, d’adapter les lieux pour limiter la surcharge sensorielle, d’offrir un accompagnement individualisé lorsque c’est nécessaire et de cultiver une culture d’établissement où les différences sont respectées. Elle suppose aussi de reconnaître que des enfants différents peuvent avoir besoin de cadres différents, et que les familles doivent avoir voix au chapitre dans les décisions relatives à la scolarité de leur enfant.

Là où l’école inclusive fonctionne, les bénéfices dépassent les seuls élèves autistes. Leurs camarades apprennent l’empathie et le respect de la différence. Les enseignants acquièrent des compétences utiles à tous les élèves. L’école devient un lieu plus humain.

Société et accessibilité

L’inclusion ne s’arrête pas à l’école ; elle concerne les lieux de la vie quotidienne : parcs, commerces, cabinets médicaux, lieux de culte, équipements sportifs, lieux culturels et transports publics. De petites adaptations peuvent faire une grande différence – des créneaux ou des espaces plus calmes, une signalétique claire, un personnel qui connaît l’autisme et répond avec patience.

L’accessibilité numérique compte aussi. À mesure que les services passent en ligne, concevoir des sites et des applications clairs, prévisibles et utilisables par des personnes aux besoins cognitifs et sensoriels différents fait partie de la construction d’une société inclusive.

L’autonomie et l’avenir

L’enfance n’est qu’un commencement. Les jeunes autistes deviennent des adultes qui recherchent, comme chacun, un travail qui ait du sens, des relations et autant d’autonomie que possible. Préparer cet avenir suppose de s’attacher aux compétences de la vie quotidienne, aux possibilités de formation professionnelle et à des pratiques d’embauche inclusives.

Les employeurs qui accueillent des collaborateurs autistes découvrent souvent des talents que les procédures de recrutement classiques laissent passer. L’inclusion professionnelle n’est pas une œuvre de charité ; c’est la reconnaissance de compétences.

Le rôle des associations

Les associations consacrées à l’autisme peuvent jouer plusieurs rôles. Elles sensibilisent et combattent la stigmatisation. Elles soutiennent les familles par l’information et le lien. Elles plaident pour de meilleurs services et de meilleures politiques publiques. Elles nouent des partenariats avec les professionnels, les écoles et les institutions. Et elles donnent une voix collective à des personnes dont les besoins sont souvent ignorés.

Pour remplir ces rôles, une association a besoin des mêmes qualités que toute institution bien gérée : une mission claire, une gouvernance saine, la transparence financière, le respect des personnes qu’elle sert et l’honnêteté sur ce qu’elle peut et ne peut pas faire. Les familles méritent des partenaires fiables, non des promesses impossibles à tenir.

La Mia Autism Association n’en est qu’au début de son action. Sa mission est claire ; ses programmes et ses partenariats se construiront avec le temps. Présenter ce travail avec exactitude – sans en grossir l’ampleur ni les résultats – fait partie du respect dû aux familles qu’elle entend servir.

Entreprise et responsabilité sociale

Qu’est-ce qui relie cet engagement à une vie consacrée aux affaires ? Sans doute, d’abord, la conviction que les institutions – entreprises ou associations – sont faites pour les personnes et doivent être jugées à la manière dont elles les traitent.

Les dirigeants d’entreprise peuvent contribuer à l’inclusion de bien des façons : par la philanthropie, mais aussi par un recrutement inclusif, des produits accessibles, des politiques de travail attentives aux parents d’enfants ayant des besoins particuliers et la mobilisation de leurs réseaux pour sensibiliser. Les compétences de l’entrepreneur – bâtir des organisations, nouer des partenariats, résoudre des problèmes – sont directement utiles au secteur associatif.

Comment agir, à titre personnel ou collectif

Soutenir l’inclusion ne requiert pas une grande institution. Cela peut commencer par quelques gestes concrets :

  • Écouter les personnes autistes et leurs familles. Leur expérience est la première source de compréhension.
  • Rendre les lieux accessibles. De petites adaptations, physiques comme numériques, peuvent changer beaucoup de choses.
  • Soutenir l’école inclusive. Investir dans la formation des enseignants et dans des moyens adaptés.
  • Ouvrir des portes. Envisager des pratiques de recrutement inclusives et des aménagements de poste.
  • S’associer à des organisations crédibles. Soutenir les associations qui travaillent avec transparence et respect.

La place que l’on fait à chacun

Une société plus inclusive ne naîtra pas d’une seule organisation ni d’un seul geste de générosité. Elle se construira par d’innombrables décisions – à l’école, au travail, dans les lieux publics et au sein des familles – de faire une place à ceux qui perçoivent le monde autrement. Les dirigeants d’entreprise ont leur part dans ce travail, non comme un post-scriptum à leurs réussites commerciales, mais comme l’expression des valeurs mêmes qui devraient guider tout ce qu’ils construisent. Une société se juge, en définitive, non seulement à ce qu’elle produit, mais à ceux qu’elle accueille.

Article d’analyse et de point de vue. Il ne cite aucun entretien et ne relaie aucune annonce.